Anticiper l'imprévisible
Dans les cercles de sécurité et de renseignement, certaines menaces ne surprennent jamais vraiment. Elles progressent lentement, visibles, documentées, parfois même théorisées. Pourtant, les démocraties occidentales semblent souvent réagir une fois le point de rupture déjà atteint. Pour Alain Bauer, cette difficulté chronique à anticiper traduit une culture du déni profondément ancrée.
Vous avez travaillé sur l'anticipation des risques pour des institutions publiques et privées. Aujourd'hui, quelle menace majeure vous semble encore sous-estimée par les décideurs français malgré des signaux pourtant déjà visibles ?
« À peu près toutes sont sous-estimées. Ce qui est souvent traité de manière rationnelle mais comptable dans l'espace anglo-saxon — où l'on ne nie pas le réel mais où on calcule le prix de la prévention par rapport au coût de la réparation —, l'espace français est souvent celui du déni : "ça ne va pas arriver" puis "ça ne va pas nous arriver". Jusqu'à ce qui était prévisible se produise et qu'un effet panique impose de réagir. Tard, très tard ou trop tard. »
