Pendant vingt ans, vous avez accompagné le même dirigeant dans plusieurs groupes différents, de Vedior à Foncia en passant par Elior. Cette fidélité exceptionnelle est-elle avant tout le fruit d'une confiance réciproque ou d'une vision commune du rôle du dirigeant et de son directeur de la communication ? Avec le recul, cette stabilité vous a-t-elle permis de construire et d'expérimenter ce qu'un directeur de la communication en mouvement permanent ne peut généralement pas développer ?
Les configurations de parcours professionnels, notamment pour un directeur ou une directrice de la communication, sont très différentes. Certains vont rester 20 ans dans la même organisation et voir se succéder 2, 4, 6 dirigeants. Personnellement, j’ai fait 6 grands groupes en 20 ans, dont 5 avec le même dirigeant, avec une interruption de 10 mois au milieu.
Être dans les valises de son président, de groupe en groupe, est avant tout confortable pour un dirigeant, surtout quand celui-ci aime travailler avec son clan. Le DirCom peut faire partie de cette garde rapprochée, car la fonction est relativement intime et interpersonnelle. C’est votre DirCom qui vous récupère au réveil pour aller faire une matinale radio, et c’est avec lui que vous rentrez le soir après un dîner ou un dernier plateau télé. C’est lui qui construit votre image, tente de corriger une partie de vos faiblesses et maîtrise tout ou partie de votre discours. C’est aussi lui qui dispose d’informations personnelles ou intimes à préserver. Pour que cela fonctionne, c’est à la fois le fruit d’une complicité intellectuelle et professionnelle forte, et aussi (dans notre cas) d’une complémentarité. Beaucoup nous séparait, mais nous avons su en faire une force, évidemment dans un respect mutuel. Même si l’un des deux a toujours plus respecté l’autre.
En apparence, cela peut donner un sentiment de stabilité, notamment vis-à-vis de son patron, encore faut-il le remettre dans son contexte. En réalité, changer 6 fois de groupe et de secteur d’activité en 20 ans, c’est une forme d’instabilité, de perpétuel recommencement, avec une prise de risque à chaque découverte d’un nouveau secteur : intérim et ressources humaines (Vedior/Randstad), pétrole (Geoservices/Schlumberger), recherche et innovation (Altran devenu Capgemini), restauration (Elior) et services immobiliers (Foncia devenu Emeria), mais toujours avec une vision unique de la com : la mienne. Parce que j’ai eu la chance de travailler avec un grand patron qui délègue vraiment à ses équipes. À chacun, ensuite, d’avoir les compétences et l’autorité professionnelle exigées pour réussir sans son domaine.
