Introduction
Une transformation peut-elle être considérée comme réussie lorsque ses résultats progressent, mais que ceux qui la rendent possible s’épuisent ?
Consultant en transformation des organisations et fondateur de M&T Conseil, Jérôme Mendoza-Trussart connaît les réalités du changement organisationnel. Fort de vingt-cinq années d’expérience dans le management de projets, notamment au sein du réseau consulaire de Bourgogne-Franche-Comté, il défend une conviction : la performance ne peut être dissociée de ses conséquences humaines.
Diplômé de l’Université Paris-Dauphine, il développe la « méthode des écarts portés », qui met en lumière les « porteurs invisibles », ces collaborateurs dont les ajustements silencieux permettent aux organisations de fonctionner malgré leurs défaillances.
Cette réflexion nourrit son essai « Transformer sans abîmer », prochainement disponible en librairie, ainsi que ses chroniques sur le management et l’intelligence artificielle.
Dans ce grand entretien accordé à JLPDécryptage, il interroge les limites des indicateurs de performance, les contradictions hiérarchiques, les risques de l’automatisation et les responsabilités des dirigeants. Au cœur de ses réponses, une interrogation fondamentale : jusqu’où peut-on transformer une organisation sans fragiliser ceux qui la font vivre ?
Le grand entretien
L’expérience derrière la théorie
JLPDécryptage
Vous évoquez vingt-cinq années d’expérience dans le management de projets et développez aujourd’hui une réflexion autour des « porteurs invisibles », ces collaborateurs dont les ajustements silencieux permettent aux organisations de continuer à fonctionner. Quel épisode de votre parcours vous a le plus profondément fait prendre conscience de ce décalage entre la performance affichée d’une organisation et la réalité humaine qui la rend possible ? Et comment cette expérience a-t-elle influencé votre méthode des écarts portés ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Dans le cadre d’une mission, j’ai observé la situation d’un organisme engagé dans une transformation profonde. Un nouveau directeur était arrivé avec cette mission. Convaincu qu’il fallait repartir sur de nouvelles bases, il avait fait table rase de l’équipe de direction, estimant que le renouvellement des personnes permettrait de transformer l’organisation.
Pourtant, les difficultés ne se sont pas résorbées. Des collaborateurs ont dû compenser les dysfonctionnements pour maintenir l’activité. L’organisme continuait à afficher des résultats, mais il se fragilisait : le turnover devenait important, l’appropriation du changement échouait et les dégâts humains s’accumulaient. À terme, l’organisation elle-même se retrouvait en péril.
Ce qui m’intéresse dans cette situation, c’est le paradoxe qu’elle révèle : une organisation peut continuer à produire des résultats alors que son fonctionnement se dégrade. Les résultats sont bien réels, mais ils reposent en partie sur des personnes qui compensent ce que le système ne prend plus correctement en charge. Les indicateurs ne racontent donc qu’une partie de l’histoire.
C’est cette question qui a nourri mon travail d’analyse et d’écriture de mon livre « Transformer sans abîmer »: que faut-il regarder pour comprendre ce qui permet réellement à une organisation de se transformer ? Au-delà des décisions prises, des objectifs affichés et des résultats obtenus, il faut examiner les exigences concrètes de l’activité et ce que certaines personnes doivent ajouter, contourner ou reprendre pour que le travail aboutisse.
J’appelle « écarts portés » les écarts entre le fonctionnement prévu et ce que le travail exige réellement, lorsqu’ils sont supportés par des personnes plutôt que traités par l’organisation. Ces écarts peuvent permettre à l’activité de tenir un temps. Mais lorsqu’ils deviennent durables, ils épuisent les ressources disponibles et fragilisent l’ensemble.
La conséquence est simple : on ne peut pas juger une transformation uniquement à ses résultats immédiats. Il faut aussi comprendre ce qui les rend possibles, ce qu’ils coûtent et si le nouveau fonctionnement peut réellement tenir sans dépendre de compensations invisibles.
La phase pivot : le véritable coût des transformations
JLPDécryptage
Vous décrivez la « phase pivot » comme ce moment où l’ancien fonctionnement ne suffit plus, tandis que le nouveau n’est pas encore opérationnel. Pourtant, les directions générales continuent souvent d’exiger des résultats immédiats, indépendamment des difficultés rencontrées sur le terrain. Comment faire reconnaître cette période de fragilité comme une réalité stratégique à part entière, et non comme un simple retard d’exécution ? Jusqu’où un dirigeant doit-il accepter de ralentir sa transformation pour éviter d’en compromettre durablement la réussite ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Dans « Transformer sans abîmer », j’utilise l’image d’un immeuble en travaux. Certains habitants ont retrouvé une vie presque normale dans un contexte rénové. D’autres vivent encore au milieu de la poussière, des bâches et des interventions. Ils habitent pourtant le même immeuble et traversent le même chantier.
Dans une organisation, certains collaborateurs travaillent déjà selon les nouvelles règles tandis que d’autres doivent encore faire fonctionner l’ancien système. Les deux fonctionnements peuvent rester nécessaires au même moment.
C’est ce que j’appelle la phase pivot : le moment où l’ancien fonctionnement doit encore assurer l’activité alors que le nouveau n’est pas suffisamment stabilisé pour prendre complètement le relais.
Le risque apparaît lorsque le planning du projet est confondu avec la réalité du travail. La transformation est annoncée comme achevée, les nouvelles pratiques sont généralisées et les résultats attendus sont exigés, alors que des conditions indispensables ne sont pas encore réunies.
Les équipes doivent alors faire tenir ensemble des éléments qui ne fonctionnent pas encore ensemble. Elles maintiennent ce qui marche, contournent ce qui bloque et compensent ce qui manque. Une partie du travail nécessaire à la continuité de l’activité reste en dehors du projet.
Pour savoir s’il faut ralentir, je préconise trois questions : qu’est-ce que le nouveau fonctionnement ne prend pas encore en charge ? Qu’est-ce qui doit malgré tout continuer à fonctionner ? Qui porte ce qui manque, et depuis combien de temps ?
Un écart peut être nécessaire et temporaire. Toute transformation suppose des adaptations. Mais lorsqu’elles deviennent durables, indispensables à l’activité et reposent toujours sur les mêmes personnes, elles signalent un problème de conception ou de mise en œuvre.
Ralentir ne signifie pas renoncer à transformer. Cela signifie reconnaître que la transition n’est pas terminée et intervenir là où le fonctionnement ne tient pas encore. La bonne vitesse n’est pas celle qui respecte coûte que coûte le calendrier ; c’est celle qui permet au nouveau système de prendre effectivement le relais.
Peut-on réellement mesurer ce qui ne se voit pas ?
JLPDécryptage
Votre cabinet défend une approche de la transformation fondée sur des résultats mesurables, tandis que vos travaux soulignent l’importance de contributions humaines qui échappent précisément aux indicateurs traditionnels. Comment réconcilier ces deux exigences sans réduire la complexité des relations professionnelles à une succession de tableaux de bord ? Quels éléments concrets vous permettent de déterminer qu’une transformation améliore véritablement le fonctionnement d’une organisation, au-delà des performances chiffrées ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Le travail invisible laisse des traces. Il faut apprendre à les repérer : reprises de dossiers, erreurs corrigées avant d’être détectées, doubles saisies, interruptions, arbitrages informels, informations recherchées auprès d’un collègue ou tâches indispensables dont personne n’est officiellement responsable.
Dans le livre, Paul doit par exemple passer d’un ancien logiciel à un nouvel outil. Le déploiement est considéré comme terminé et les indicateurs d’adoption progressent. Pourtant, il garde deux fenêtres ouvertes et continue à passer de l’un à l’autre pour que son travail aboutisse. Le tableau de bord montre une adoption ; l’observation du travail révèle une transition encore inachevée.
Il ne suffit donc pas d’ajouter des indicateurs. Il faut rapprocher les données disponibles (délais, qualité, coûts, incidents) de ce que les personnes font réellement pour produire le résultat. Où le travail est-il repris ? Qu’est-ce qui est corrigé avant de remonter ? Quelles tâches sont effectuées sans être prévues ? Quelles difficultés sont absorbées localement ?
Une activité peut sembler superflue tout en assurant une fonction essentielle de prévention, de coordination ou de régulation. La supprimer peut améliorer un indicateur à court terme et fragiliser le système à moyen terme.
Je ne cherche pas à chiffrer artificiellement chaque contribution humaine. Je cherche à rendre visibles les mécanismes qui permettent aux résultats d’être obtenus, mais aussi ce qu’ils coûtent à ceux qui les produisent.
Lorsqu’une réorganisation laisse de côté ceux qui font réellement tenir l’activité, ils doivent souvent compenser les insuffisances du nouveau dispositif, gérer les contradictions, anticiper les difficultés et trouver seuls des solutions. Cette charge supplémentaire n’est pas seulement opérationnelle : elle mobilise leur attention, alourdit leur charge mentale et peut affecter leur santé psychologique.
Une transformation améliore réellement l’organisation lorsque la qualité et la continuité de l’activité progressent sans reposer durablement sur ces compensations invisibles, ni faire peser sur les personnes un coût humain que les indicateurs ne mesurent pas.
Le désaccord comme instrument de gouvernance
JLPDécryptage
Dans votre chronique consacrée aux désaccords, vous défendez l’idée qu’une contradiction exprimée peut être plus utile qu’un consensus de façade. Mais dans une organisation hiérarchisée, contester une décision peut avoir un coût professionnel, même lorsque la direction affirme encourager le dialogue. Comment construire une gouvernance dans laquelle une objection peut réellement modifier une décision stratégique, sans exposer celui qui l’exprime à une forme de sanction implicite ? Où placez-vous la frontière entre contradiction constructive et opposition paralysante ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Le désaccord est utile lorsqu’il permet de tester une décision avant qu’elle ne produise ses effets. Mais autoriser la parole ne suffit pas : dans une organisation hiérarchisée, contester une orientation peut avoir un coût professionnel. Le silence ne signifie donc ni adhésion ni absence de problème.
Dans Transformer sans abîmer, Fabrice sait que le calendrier d’un projet est intenable et que les équipes sont épuisées. En réunion, il atténue pourtant ses réserves. Il ne manque pas nécessairement d’informations ; il doute de la possibilité de les exprimer sans s’exposer. La direction risque alors de prendre une décision sur la base d’une information déjà filtrée.
Pour qu’une objection puisse réellement peser, il faut lui donner un traitement concret. Quel fait la motive ? Quel risque met-elle au jour ? Quelle hypothèse de la décision est-elle susceptible de remettre en cause ? Que décide-t-on après l’avoir examinée ? Si l’arbitrage est maintenu, pourquoi ?
La contradiction constructive n’est ni une opposition systématique ni un droit de veto. Elle consiste à éprouver les hypothèses, à examiner les conséquences et à améliorer la décision. Le dirigeant reste responsable de trancher, mais il doit pouvoir entendre une information qui dérange son analyse.
La qualité de la gouvernance ne se mesure donc pas au nombre de réunions où chacun peut s’exprimer. Elle se mesure à la capacité de l’organisation à faire remonter les difficultés, à les examiner sans pénaliser ceux qui les signalent et à expliquer les arbitrages qui en découlent. Dans l’espace d’une transformation le pouvoir hiérarchique doit être suspendu pour permettre l’authenticité des débats et la formulation des véritables problématiques. C’est pourquoi la conduite de la transformation portée et organisée par un consultant externe facilite davantage l’émergence des blocages.
Quand la préservation des équilibres devient un obstacle
JLPDécryptage
Votre approche de l’homéostasie invite les dirigeants à comprendre ce qu’une organisation cherche à préserver plutôt qu’à considérer toute résistance comme un frein au changement. Pourtant, certains équilibres peuvent aussi protéger des habitudes inefficaces, des rapports de pouvoir ou des pratiques devenues inadaptées. Comment distinguez-vous, dans votre analyse, les résistances qui révèlent une fragilité légitime de celles qui empêchent une évolution indispensable ? À quel moment préserver un système devient-il plus dangereux que le transformer ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Une résistance au changement n’est pas toujours un refus de progresser. Elle peut signaler qu’une pratique apparemment secondaire remplit une fonction que le projet n’a pas identifiée. Une procédure peut, par exemple, compenser une défaillance située ailleurs dans le processus. La supprimer sans traiter cette défaillance revient à déplacer le problème.
Mais il ne faut pas non plus transformer chaque résistance en preuve d’une intelligence cachée du système. Certains équilibres protègent des avantages acquis, des rapports de pouvoir ou des habitudes devenues coûteuses.
Pour faire la différence, je propose d’examiner les faits. Que permet concrètement la pratique contestée ? Quel problème résout-elle ? Qui en dépend ? Que se passerait-il si elle disparaissait demain ? Et, à l’inverse, quels coûts ou quelles difficultés son maintien entretient-il ?
Cette analyse permet de distinguer ce qui doit être préservé, ce qui doit être remplacé et ce qui doit être abandonné. Comprendre une pratique ne signifie pas la légitimer ; cela évite de la supprimer à l’aveugle.
Le rôle du dirigeant n’est pas de préserver tous les équilibres existants. Il est de comprendre ce qu’ils produisent, puis de construire un fonctionnement plus viable. Une transformation réussie ne se contente pas de faire disparaître l’ancien : elle prend en charge les fonctions utiles que l’ancien système assurait, parfois de manière informelle.
« Transformer sans abîmer » face aux décisions irréversibles
JLPDécryptage
Votre philosophie repose sur une ambition forte : transformer les organisations sans dégrader ceux qui les font vivre. Mais certaines décisions économiques imposent des ruptures irréversibles, qu’il s’agisse de suppressions de postes, de fermetures d’activités ou de disparitions de métiers. Lorsque les intérêts de l’entreprise et ceux de ses collaborateurs deviennent difficilement conciliables, que signifie encore concrètement « transformer sans abîmer » ? Quelles responsabilités un dirigeant ne devrait-il jamais pouvoir déléguer ou éluder, même lorsque sa décision est économiquement justifiée ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Transformer sans abîmer ne signifie pas éviter toute rupture ni promettre qu’aucune décision ne sera douloureuse. Des contraintes économiques peuvent conduire à supprimer des postes, fermer une activité ou faire disparaître un métier. La question est celle de la responsabilité exercée avant, pendant et après la décision.
Avant de décider, il faut examiner et observer. Quelles compétences vont disparaître ? Quelles tâches devront continuer à être réalisées ? Quelle charge sera transférée aux équipes restantes ? Quelles dépendances reposent aujourd’hui sur quelques personnes ? Le fonctionnement cible peut-il réellement assurer la continuité du service ?
Une réduction d’effectifs peut améliorer un ratio tout en fragilisant la transmission des connaissances, la qualité ou la capacité à traiter les situations imprévues. Ces conséquences ne rendent pas automatiquement la décision illégitime, mais elles doivent être identifiées et prises en compte dans l’arbitrage.
La responsabilité ne s’arrête pas à l’annonce. Elle implique de vérifier les effets réels de la décision, d’écouter ce que le travail révèle et de corriger ce qui met en péril la continuité de l’activité ou reporte une charge intenable sur les personnes restantes.
Transformer sans abîmer, ce n’est pas supprimer la difficulté. C’est refuser de traiter les conséquences humaines et organisationnelles comme des dommages secondaires simplement parce qu’elles sont moins visibles dans le calcul initial.
Intelligence artificielle : les gains de productivité peuvent-ils masquer une perte de valeur ?
JLPDécryptage
Dans votre chronique du 12 octobre 2026, vous développez la notion d’« effacement d’une charge utile », pour désigner ces activités informelles qui disparaissent progressivement lors d’une transformation, alors même qu’elles contribuaient au fonctionnement de l’organisation. Avec l’intelligence artificielle, une entreprise peut donc accélérer ses processus tout en fragilisant des mécanismes humains essentiels. Si vous deviez évaluer une organisation ayant massivement intégré l’IA, comment distingueriez-vous les gains de productivité réels des simples transferts de charge ou des pertes de valeur devenues invisibles ?
Jérôme Mendoza-Trussart
L’intelligence artificielle peut réduire le temps consacré à certaines tâches et accélérer les processus. Mais un gain de temps sur une tâche ne prouve pas, à lui seul, que l’organisation fonctionne mieux.
Il faut regarder ce qui disparaît avec la tâche automatisée, ce qui demeure nécessaire et ce qui est transféré ailleurs. Le temps gagné peut être absorbé par la vérification, la correction des erreurs ou le traitement des situations que l’outil ne sait pas gérer. Il faut également examiner les effets sur les compétences, le jugement et la capacité à repérer une anomalie.
Dans le livre, un personnage montre qu’un dossier client peut être traité par l’IA en onze minutes. Le résultat semble spectaculaire. Mais la rapidité ne suffit pas à évaluer le gain : il faut encore savoir ce qui a été vérifié, ce qui a été omis, ce qui doit être repris et quelle activité humaine rendait auparavant le résultat fiable.
J’utilise l’expression « effacement d’une charge utile » pour désigner la disparition d’une activité utile dont la fonction n’a pas été identifiée avant la transformation. Il ne s’agit pas de défendre toutes les tâches existantes, mais de comprendre ce qu’elles rendent possible avant de les supprimer ou de les automatiser.
Pour évaluer un gain, il faut donc croiser le temps et les coûts avec la qualité, les erreurs, les reprises, les risques et la charge de vérification. Automatiser une tâche ne signifie pas nécessairement supprimer le travail qu’elle rendait possible. Ne pas prendre ce temps c’est exposer la transformation à l’échec.
La question fondamentale que les dirigeants oublient de se poser
JLPDécryptage
Vous affirmez que comprendre une transformation suppose d’abord de changer les questions que l’on se pose. Après votre expérience du management et vos travaux sur les écarts portés, imaginons qu’un dirigeant s’apprête à engager une réorganisation majeure, convaincu de sa nécessité économique et de la solidité de son plan. Si vous ne pouviez lui poser qu’une seule question, celle qui pourrait véritablement modifier sa manière de conduire cette transformation, quelle serait-elle ?
Jérôme Mendoza-Trussart
Je lui demanderais : « Jusqu’où êtes-vous prêt à pousser la performance de votre organisation si elle se fait au prix de la santé mentale de vos équipes ? »
La performance d’une organisation ne se mesure pas uniquement aux résultats qu’elle obtient. Elle se mesure aussi à sa capacité à les produire durablement, sans épuiser ceux qui les rendent possibles.
Lorsqu’une transformation laisse des problèmes sans réponse, le travail ne disparaît pas. Il se déplace. Les équipes compensent les insuffisances du dispositif, gèrent les contradictions, anticipent les difficultés et trouvent des solutions pour que l’activité continue. Une partie de ce travail reste invisible, mais elle a un coût : en temps, en attention, en charge mentale et parfois en santé psychologique.
Le risque est alors de considérer que la transformation a réussi parce que les indicateurs sont bons, alors même que son fonctionnement repose sur des efforts supplémentaires que personne n’a véritablement évalués.
La question n’est donc pas de choisir entre la performance et la santé des équipes. Elle est de savoir si l’organisation peut réellement améliorer sa performance en fragilisant ceux qui la produisent.
Transformer sans abîmer, c’est refuser de confondre des résultats obtenus avec un fonctionnement devenu soutenable. C’est faire de la capacité des équipes à poursuivre leur travail dans de bonnes conditions un critère à part entière de la réussite. On peut transformer pour maintenir la performance dans ce monde en évolution permanente et tenir la santé mentale des équipes. C’est possible en changeant de braquet.
À propos
À propos de Jérôme Mendoza-Trussart
Jérôme Mendoza-Trussart est consultant en transformation des organisations et fondateur de M&T Conseil, cabinet basé à Dijon et intervenant également à Paris. Il accompagne dirigeants, managers et équipes sur les enjeux de conduite du changement, de coopération et de performance durable.
Son parcours s’est notamment construit dans le réseau consulaire de Bourgogne-Franche-Comté. Chef de projets régionaux au sein de la CMAB de 2010 à 2019, il a ensuite exercé à la CMA Bourgogne-Franche-Comté comme directeur régional Marketing, Innovation et Projets transversaux, puis comme chef de projets régionaux rattaché à la direction générale. Ses missions ont porté sur les transformations numériques, les plateformes de services, le management d’équipes et le déploiement d’outils CRM.
Diplômé de l’Université Paris-Dauphine, il est également certifié en bilan de compétences. Auteur de la « méthode des écarts portés », il mène une réflexion sur le travail invisible, la santé mentale et les conditions réelles de réussite des transformations. Il développe ces idées dans son essai « Transformer sans abîmer », prochainement disponible en librairie, et dans ses chroniques publiées notamment par le Journal du Net.
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