Introduction
À 13 ans, Melvil Vedrenne-Cloquet évolue déjà sur plusieurs terrains à la fois. Sur le court, il est champion de France juniors de tennis-fauteuil, titre décroché en juin 2025 au Roland-Garros Tennis Club après une finale renversée face à Cléo Ginterdaele : mené 5-2 dans la première manche, il avait fini par s’imposer 7/6, 2/6, 6/1. Quelques mois plus tard, sa progression internationale l’installe dans le Top 50 mondial junior. En juin 2026, Le Parisien le situe au 44e rang mondial et au troisième rang français.
Mais le parcours de Melvil ne se résume déjà plus à un classement. Français, britannique et thaïlandais, installé à Londres, il a intégré l’Inclusive Player Pathway de la Queen’s Club Foundation, un programme destiné à accompagner des joueurs de tennis-fauteuil à potentiel. À Roland-Garros 2026, il a également rejoint l’équipe des ramasseurs de balles en fauteuil, après avoir suivi les mêmes sélections et formations que les autres jeunes du dispositif.
En parallèle, il développe On_Wheels Movement, un projet né d’un constat : le handicap et le parasport sont encore trop souvent racontés uniquement sous l’angle de l’inclusion ou de la limitation, alors qu’ils parlent aussi de technique, d’exigence, d’ambition et de performance. Ce déplacement du regard traverse tout l’entretien. Melvil y parle du deuxième rebond, de la gestion de la pression, de ses études, de philosophie, de son amyotrophie spinale, mais surtout de ce qu’il veut construire : devenir plus complet, poursuivre sa formation, élargir la visibilité du parasport et viser, à long terme, les Jeux paralympiques de Brisbane 2032. À son âge, l’objectif est immense. Sa manière de le formuler reste pourtant très concrète : ne pas contrôler jusqu’où l’on ira, mais contrôler la façon dont on travaille aujourd’hui.
JLPDécryptage
Tu as 13 ans, tu vis à Londres et tu es déjà champion de France de tennis fauteuil. Comment est-ce que tout cela a commencé ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
J’ai découvert le tennis fauteuil à 10 ans. Dès le premier essai, j’ai aimé la sensation de liberté. Le fauteuil ne me limitait pas. Il me permettait d’aller chercher la balle. Il fallait anticiper le rebond. Déplacer le fauteuil. Frapper. Et réfléchir très vite. C’était comme apprendre trois sports en même temps.
Au début, je jouais simplement pour le plaisir. Je ne pensais pas devenir champion de France ou intégrer les équipes de France. Puis j’ai commencé les compétitions. J’ai gagné certains matchs. J’en ai perdu beaucoup aussi. Mais j’avais toujours envie de retourner sur le court. En 2025, j’ai remporté le titre de champion de France junior U18 de tennis fauteuil à Roland-Garros.
J’ai aussi remporté le titre national britannique en double Quad. À 13 ans, je suis également entré dans le Top 50 mondial junior U18. Le tennis m’a donné de la confiance. Un objectif. Et l’occasion de faire des choses que je n’aurais probablement jamais faites sans mon handicap. C’est assez paradoxal. Mon handicap crée des difficultés. Mais il m’a aussi ouvert un chemin.
JLPDécryptage
Cette année, tu as été ramasseur de balles à Roland-Garros. Qu’est-ce que tu as vu depuis le bord du court que les spectateurs ne peuvent pas voir ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
C’était ma première année comme ramasseur de balles à Roland-Garros. J’ai suivi les sélections et les formations. Je n’ai bénéficié d’aucun passe-droit. C’était important pour moi. Depuis le bord du court, on voit des choses que la télévision ne montre pas. On entend la respiration des joueurs. On voit leur regard après une faute. On remarque leurs routines entre les points.
J’ai eu la chance d’être présent sur le court Philippe-Chatrier pour la finale dames et sur Suzanne-Lenglen pour le tennis fauteuil. Mais ce qui m’a le plus marqué va au-delà des champions. Plus de 300 jeunes travaillent ensemble pendant le tournoi. Ils apprennent à être ponctuels. À prendre des responsabilités. À s’entraider. À rester concentrés. Chaque rôle compte. Les joueurs sont au centre du court. Mais tout autour, beaucoup de personnes travaillent pour leur permettre de donner le meilleur.
JLPDécryptage
Lorsque tu observes les meilleurs joueurs du monde à quelques mètres de toi, qu’est-ce qui attire le plus ton attention ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
Je regarde surtout ce qu’ils font entre les points. Les meilleurs joueurs peuvent perdre un point très important sans laisser ce point détruire le suivant. Ils respirent. Ils se replacent. Ils recommencent. J’aime beaucoup l’énergie de Ben Shelton. Il montre ses émotions. Il joue avec beaucoup d’intensité.
J’observe aussi Tokito Oda, le Japonais numéro 1 mondial de tennis fauteuil. À seulement 19 ans, il avait déjà remporté les quatre tournois du Grand Chelem et une médaille d’or paralympique. Il est devenu le plus jeune joueur de tennis fauteuil à réaliser un Golden Slam en carrière.
À 19 ans, ni Sinner ni Alcaraz n’avaient encore accompli un exploit équivalent. Pourtant, très peu de personnes connaissent le nom de Tokito Oda. Cela montre qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour donner au tennis fauteuil la visibilité qu’il mérite. Pour moi, il est aussi la preuve qu’on peut être très jeune et avoir déjà de très grandes ambitions.
Dans le tennis fauteuil, j’observe particulièrement les déplacements. Le deuxième rebond est autorisé. Mais les meilleurs essaient souvent de prendre la balle au premier rebond. Ils avancent. Ils prennent du temps à leur adversaire. C’est aussi ce que j’essaie de développer dans mon jeu. La pression ne disparaît jamais vraiment. Les grands joueurs ont simplement appris à avancer avec elle.
JLPDécryptage
En juin 2025, tu remportes le Championnat de France juniors après une finale très disputée. Quel moment précis te revient le plus ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
Je me souviens surtout du moment où je suis revenu à 5-5 dans le premier set. J’étais mené 5-2. Deux breaks de retard. À ce moment-là, je ne pensais pas au titre. Je voulais simplement gagner le point suivant. Puis encore un.
Lorsque je suis revenu à 5-5, j’ai commencé à sentir que le match pouvait changer. J’ai remporté le premier set au tie-break. Puis j’ai perdu le deuxième. Il fallait tout recommencer mentalement. J’avais aussi perdu contre Cléo pendant la phase de poules. Je savais donc qu’elle pouvait me battre.
La balle de match reste une image très forte. Mais je suis surtout fier de ne pas avoir abandonné lorsque j’étais mené. Ce match m’a appris quelque chose d’important. On peut être en grande difficulté sans être battu. Je devais remettre mon titre en jeu cette année.
Malheureusement, les Championnats de France à Roland-Garros ont été annulés à cause de la canicule. C’est dommage. J’aurais vraiment aimé défendre mon titre sur le court. Mais il y a quand même un petit côté positif. Je suis toujours champion de France junior U18 en titre !
On peut être en grande difficulté sans être battu.
JLPDécryptage
Ton quotidien se partage entre Londres, tes études et le tennis de haut niveau. Comment s’organise une semaine type ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
Je vis à Londres et je m’entraîne environ huit à dix heures par semaine. Je m’entraîne surtout à Londres. Je vais aussi régulièrement en France pour travailler avec la Fédération française de tennis et les équipes de France.
À la rentrée, j’entre à la City of London School. Je suis également un cours de philosophie à Stanford Online High School. J’aime la philosophie et la pensée critique. Je m’intéresse aussi de plus en plus à la psychologie, à la biologie et au fonctionnement du cerveau.
Je suis donc étudiant et sportif. Les deux sont importants pour moi. Il faut ajouter les déplacements, la préparation physique et la récupération. J’ai une maladie neuromusculaire. Je dois écouter mon corps et gérer mon énergie.
Certains jours sont plus difficiles. Je ne suis pas motivé chaque matin. Mais j’aime progresser. Pas seulement comme joueur. Aussi comme élève et comme personne. Le tennis est une grande partie de ma vie. Je ne veux pas qu’il soit toute ma vie.
JLPDécryptage
Tu as créé On_Wheels Movement. Comment cette idée est-elle née ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
Il n’y a pas eu un seul événement. C’est plutôt quelque chose que j’ai remarqué progressivement. Quand on parle du handicap et du parasport, on parle souvent des limitations ou de l’inclusion. Ce sont des sujets importants. Mais on parle moins de performance, d’ambition et d’excellence.
Je voulais réunir toutes ces idées dans la même conversation. J’ai donc créé On_Wheels en 2025 pour raconter les parcours de para-athlètes. Pas seulement le mien. Le fauteuil est visible. Le travail derrière l’est beaucoup moins.
Les entraînements. Les défaites. Les progrès. La technique. La joie de jouer. Tout cela mérite aussi d’être montré. Une publication d’On_Wheels a dépassé cinq millions de vues. C’est beaucoup. Mais le plus important est ce que ces vues peuvent produire.
Donner de la visibilité à d’autres athlètes. Donner envie à un jeune d’essayer un sport. Faire évoluer le regard sur le handicap. Et, à plus long terme, utiliser cette visibilité pour soutenir la recherche sur l’amyotrophie spinale et les maladies neuromusculaires. L’idée centrale est simple. La performance change la perception.
La performance change la perception.
JLPDécryptage
Quels sont les objectifs que tu te fixes pour les prochaines années ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
À 13 ans, je suis entré dans le Top 50 mondial junior U18. Au début de mon parcours international, je représentais la Grande-Bretagne. La Fédération française de tennis m’a ensuite proposé de changer de nationalité sportive et de passer du drapeau britannique au drapeau français. Cela me permettait de rejoindre sa structure de performance et les équipes nationales.
J’ai accepté. Je suis aujourd’hui membre des équipes de France junior et adulte dans la catégorie Quad. Je reste bien sûr français, britannique et thaïlandais. C’était un choix sportif. Pas un changement d’identité. Dès septembre, à 14 ans, je pourrai commencer à jouer régulièrement sur le circuit international adulte.
Mon prochain objectif est de devenir plus complet. Je dois progresser dans mes déplacements. Jouer davantage vers l’avant. Prendre plus de balles au premier rebond. Être plus régulier sous pression. Mon objectif est d’entrer dans le Top 10 mondial d’ici 2030. Le but à plus long terme est très clair. Représenter la France aux Jeux paralympiques de Brisbane en 2032.
Je sais que c’est un objectif très ambitieux. Rien n’est garanti. Il reste six années de travail, de progrès et de compétitions. Je suis aussi réaliste sur la vie d’un joueur de tennis fauteuil. Nous participons aux mêmes tournois du Grand Chelem que les joueurs valides. Mais très peu de joueurs de tennis fauteuil peuvent vivre uniquement de leur sport.
La visibilité, les dotations et les possibilités de sponsoring restent très différentes. C’est aussi pour cela que mes études sont essentielles. Je veux poursuivre le tennis au plus haut niveau possible. Mais je veux également construire mon avenir au-delà du court. Peut-être un jour dans une université américaine. Les classements et les titres sont importants. Mais ils doivent être le résultat du travail quotidien. On ne peut pas contrôler jusqu’où l’on ira. On peut contrôler la manière dont on travaille aujourd’hui.
JLPDécryptage
Si tu te projettes dans quelques années, où aimerais-tu être dans le monde du tennis ?
Melvil Vedrenne-Cloquet
La première image qui me vient est celle de Brisbane en 2032. Je me vois avec le maillot de l’équipe de France. Ma raquette dans la main. Prêt à entrer sur le court. J’aimerais aussi revenir à Roland-Garros comme joueur.
Cette fois, pas seulement au bord du court. Mais je ne veux pas choisir entre être sportif, étudiant ou engagé pour les autres. Je veux continuer les trois. J’aimerais devenir un joueur de haut niveau.
Continuer à apprendre. Faire connaître les parcours d’autres para-athlètes. Et contribuer, à mon niveau, à la recherche sur les maladies neuromusculaires. Je suis né avec une amyotrophie spinale.
Elle explique ma manière de me déplacer. Elle ne définit pas qui je suis. Ni ce que je peux devenir. Je ne sais pas exactement jusqu’où ce chemin me conduira. Mais je sais par où commencer. J’aime beaucoup cette phrase d’Arthur Ashe : « Start where you are. Use what you have. Do what you can. »
Elle ne définit pas qui je suis. Ni ce que je peux devenir.
Le parcours
À propos de Melvil Vedrenne-Cloquet
Melvil Vedrenne-Cloquet est un joueur junior de tennis-fauteuil né en 2012, de nationalités française, britannique et thaïlandaise, et installé à Londres. Il découvre le tennis-fauteuil à 10 ans. En juin 2025, il remporte son premier titre de champion de France juniors au Roland-Garros Tennis Club, au terme d’une finale en trois sets. Sur le circuit britannique, il a également remporté le double Quad des Lexus Wheelchair Tennis National Finals 2024.
Classé dans le Top 50 mondial junior en 2026, il est enregistré par l’ITF sous les couleurs françaises dans la catégorie Quad. La Queen’s Club Foundation l’a sélectionné comme scholar de son Inclusive Player Pathway, destiné à accompagner la progression de joueurs de tennis-fauteuil. En 2026, il a aussi participé à Roland-Garros comme ramasseur de balles en fauteuil.
En parallèle de sa trajectoire sportive et de ses études, Melvil a créé On_Wheels Movement afin de donner davantage de visibilité aux para-athlètes et de déplacer le récit du handicap vers la performance, l’ambition et l’excellence. Il vit avec une amyotrophie spinale, une maladie neuromusculaire, et inscrit aussi son engagement dans le soutien à la recherche sur les maladies neuromusculaires.