Sébastien Loeb, lunettes de soleil, près de sa voiture des Dacia Sandriders

★★★★★★

Grand entretien

SébastienLoeb

Composer avec l’imprévu

Version française · 5 octobre 2026

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« Je vis à cent à l’heure, mais c’est aussi comme ça que j’ai envie de vivre. »

Neuf titres mondiaux consécutifs en WRC, de 2004 à 2012, et 80 victoires — un record toujours en vigueur — placent Sébastien Loeb à part dans l’histoire du sport automobile. Sa longévité se mesure aussi à sa capacité à changer de terrain : après les spéciales, les circuits, Pikes Peak et le rallycross, le rallye-raid lui impose depuis dix ans une discipline où la vitesse seule ne suffit jamais.

Au 5 octobre 2026, cet entretien prend un relief particulier. Engagé avec Édouard Boulanger au sein de The Dacia Sandriders, Loeb sort d’un Rallye du Maroc éprouvant, marqué par des problèmes électriques puis une suspension endommagée dans la dernière étape. Il occupe désormais la deuxième place provisoire du Championnat du Monde FIA de Rallye-Raid, derrière Seth Quintero, avant la finale d’Abu Dhabi. Le programme Dacia doit s’achever au terme de la saison 2026.

Le Dakar, qu’il n’a encore jamais remporté, demeure un objectif. Mais que cherche-t-on encore après tant de victoires ? Dans cet échange, Loeb parle de maîtrise et de patience, de confiance, d’apprentissage, de perfection, d’adrénaline — et surtout de cette envie de continuer qui résiste aux déceptions.

Sébastien Loeb sort de sa voiture au Rallye du Maroc, applaudi par l’équipe
Rallye du Maroc

L’entretien

01/ 06

JLP Décryptage

Vous arrivez au Rallye du Maroc dans une fin de saison décisive, entre la lutte pour le championnat du monde et les aléas techniques qui rappellent à quel point le rallye-raid reste imprévisible. Dans un moment comme celui-ci, qu’est-ce qui vous occupe le plus intérieurement : la stratégie, la maîtrise, ou la capacité à accepter ce qui échappe au contrôle ?

Sébastien Loeb

Je dirais que c’est un peu les trois. Chaque difficulté nous oblige à ajuster notre stratégie, mais en rallye-raid, il est impossible de tout maîtriser. On essaye évidemment de contrôler le maximum de choses, mais il y a toujours une part d’imprévu.

Après un week-end aussi frustrant que celui que nous venons de vivre, il faut aussi savoir accepter ce qui échappe à notre contrôle. C’est indispensable pour pouvoir tourner la page, se reconcentrer et repartir le lendemain.

02/ 06

JLP Décryptage

Vous avez tout gagné en WRC, où la précision et la régularité sont reines, mais le Dakar vous confronte depuis dix ans à une logique beaucoup plus incertaine. Qu’est-ce que cette course vous apprend encore que vos plus grandes années en championnat du monde ne pouvaient pas vous apprendre ?

Sébastien Loeb

La patience. C’est quelque chose d’essentiel en rallye-raid. En rallye, on cherche avant tout à aller le plus vite possible. Avec les années, j’ai bien sûr appris à gérer davantage mes courses, mais en rallye-raid, cette gestion va encore plus loin.

Il faut parfois accepter de ralentir pour pouvoir aller plus vite ensuite. C’est un peu reculer pour mieux sauter, en fonction du terrain, des pièges, des conditions ou des imprévus. Et pour moi, ça reste l’un des aspects les plus difficiles à maîtriser.

03/ 06

JLP Décryptage

Avant le rallye, il y a eu la gymnastique, c’est-à-dire un univers où tout se joue au millimètre, sans crevaison, sans navigation, sans hasard mécanique. Quand vous regardez votre parcours dans son ensemble, le désert a-t-il été pour vous une rupture avec la perfection — ou une autre manière de la poursuivre ?

Sébastien Loeb

Pour moi, c’est plutôt une autre manière de la poursuivre. Le rallye-raid m’a obligé à apprendre de nouvelles choses, à sortir de ce que je connaissais et à progresser dans des domaines où, au début, j’étais forcément moins à l’aise.

Il y a aussi une vraie satisfaction à réussir aujourd’hui des choses que je n’arrivais pas à faire au départ. La perfection n’existe pas vraiment, mais on peut toujours essayer de s’en rapprocher en apprenant, en travaillant et en s’améliorant constamment.

04/ 06

JLP Décryptage

À 52 ans, vous continuez à multiplier les défis, alors que beaucoup auraient depuis longtemps choisi une vie plus tranquille. Qu’est-ce que la compétition vous apporte aujourd’hui que le repos, lui, ne vous donne pas ?

Sébastien Loeb

Je pense que la meilleure façon de rester vivant, c’est de continuer à faire ce qu’on aime tant qu’on peut encore le faire. J’ai la chance de pouvoir continuer à courir, de vivre ma passion à fond et d’être encore sollicité pour de beaux projets.

Je vis à cent à l’heure, mais c’est aussi comme ça que j’ai envie de vivre. La compétition me donne cette adrénaline, cette envie de me dépasser et de continuer à avancer.

05/ 06

JLP Décryptage

Le rallye-raid n’est jamais une aventure solitaire : il repose aussi sur la confiance, le dialogue technique et la relation avec le copilote. Dans votre travail avec Édouard Boulanger, qu’est-ce qui fait, au plus haut niveau, qu’un équipage devient véritablement juste ?

Sébastien Loeb

La confiance et l’entente. À ce niveau-là, il faut pouvoir avoir une confiance totale dans la personne qui est à côté de vous. En rallye-raid, on passe énormément de temps ensemble et on traverse forcément des moments compliqués, donc il faut aussi bien se comprendre. Avec Édouard, on a construit cette confiance et on fonctionne bien ensemble. Chacun connaît son rôle, on peut se parler franchement et on sait qu’on peut compter l’un sur l’autre.

06/ 06

JLP Décryptage

Le Dakar reste cette épreuve qui résiste encore à votre palmarès, tandis que la fin du programme Dacia ouvre aussi une nouvelle incertitude sur la suite. Si vous deviez définir aujourd’hui ce que vous cherchez encore profondément dans ce sport, parleriez-vous d’une victoire, d’une sensation, ou d’autre chose de plus difficile à nommer ?

Sébastien Loeb

Une victoire sur le Dakar serait vraiment un bel accomplissement. C’est une course que je cherche encore à gagner et, forcément, ça reste un objectif important.

Mais au-delà du résultat, ce qui me motive toujours, c’est d’être compétitif, de me battre devant et de continuer à prendre du plaisir dans ce que je fais.

À PROPOS DE SÉBASTIEN LOEB

Portrait de Sébastien Loeb, souriant

Né le 26 février 1974 à Haguenau, en Alsace, Sébastien Loeb pratique la gymnastique dès l’enfance avant de se tourner vers le sport automobile. Il participe à l’opération de détection Rallye Jeune en 1995, puis dispute ses premiers rallyes en 1997. Son ascension se construit avec le soutien d’Ambition Sport Auto, avant son arrivée chez Citroën.

Avec Daniel Elena, il remporte neuf titres de champion du monde des rallyes consécutifs entre 2004 et 2012, un record de titres consécutifs toujours inégalé. Ses 80 victoires en WRC constituent également le record de la discipline. Son succès au Rallye Monte-Carlo 2022, au volant d’une Ford Puma de M-Sport et avec Isabelle Galmiche, fait de lui, à 47 ans, le plus âgé des vainqueurs d’une manche du championnat.

Sa polyvalence dépasse largement le rallye. Il termine deuxième des 24 Heures du Mans en 2006 avec Pescarolo Sport, aux côtés d’Éric Hélary et Franck Montagny. En WTCC, il prend la troisième place du championnat en 2014 puis en 2015 avec Citroën et cumule six victoires sur ces deux saisons. En 2013, il remporte Pikes Peak avec la Peugeot 208 T16 en 8 min 13 s 878, établissant alors le record absolu de l’épreuve. En rallycross mondial, il s’impose en Lettonie en 2016 puis en Belgique en 2018.

Le rallye-raid devient un autre axe majeur de sa carrière à partir de son premier Dakar en 2016. Il termine deuxième en 2017, 2022 et 2023, puis troisième en 2019 et 2024. En 2023, il signe six victoires d’étape consécutives en auto, un record, pour sept succès au total sur cette édition. La victoire au classement général lui échappe encore.

Au sein de The Dacia Sandriders, associé à Édouard Boulanger, il remporte le Rallye du Maroc 2025 puis le Rally-Raid Portugal 2026, après une quatrième place au Dakar en janvier. Après le Rallye du Maroc 2026, il occupe la deuxième place provisoire du championnat Pilotes W2RC, avant la finale d’Abu Dhabi du 22 au 27 novembre.

REPÈRES / PALMARÈS

WRC
9 titres mondiaux consécutifs (2004–2012) ; 80 victoires, record de la discipline.
Pikes Peak
Vainqueur en 2013 en 8 min 13 s 878, record absolu à l’époque.
24 Heures du Mans
Deuxième du classement général en 2006.
WTCC
Troisième du championnat en 2014 et 2015 ; 6 victoires.
World Rallycross
Victoires en Lettonie 2016 et Belgique 2018.
Dakar
5 podiums ; 6 victoires d’étape consécutives en 2023 ; 4e en 2026.
Rallye-raid
Vainqueur du Rallye du Maroc 2025 et du Rally-Raid Portugal 2026.

Entretien préparé et édité par Julien Laurenceau Porte pour JLP Décryptage. Réponses recueillies et retranscrites avec le concours de l’équipe presse de Sébastien Loeb.