JLP Décryptage — Grand entretien

Charlène Medza

Communication, réputation et gouvernance en Afrique

Une institution peut maîtriser son discours sans maîtriser les effets de son action.

Portrait de Charlène Medza, responsable de la communication et des relations publiques de la Société de Patrimoine au Gabon

Introduction

Une institution peut maîtriser son discours sans maîtriser les effets de son action. Sa parole cesse pourtant de produire de l’autorité lorsque les citoyens confrontent l’annonce à leur expérience. La légitimité n’est plus attachée au statut : elle se rejoue dans les résultats, la transparence et la capacité à rendre des comptes.

Ce déplacement impose de distinguer ce qu’aucune campagne ne devrait confondre : un défaut de perception, que l’explication peut corriger, et une défaillance de gouvernance, que seul un changement réel peut traiter. Dans l’analyse de Charlène Medza, la réputation ne répare pas durablement une exécution défaillante. Elle en devient le révélateur dès que la promesse contredit les faits.

C’est à partir de cette exigence qu’elle pense son métier. Aligner la communication sur la gouvernance signifie, pour elle, en faire une fonction stratégique : non plus seulement diffuser ou valoriser, mais diagnostiquer, documenter, alerter et, si nécessaire, opposer à la direction la résistance des données. La loyauté du communicant se mesure alors moins à son aptitude à protéger un récit qu’à sa capacité à sécuriser l’institution contre ses propres angles morts.

Ancré dans le contexte gabonais sans prétendre résumer la diversité africaine, cet entretien explore le passage de l’annonce à la preuve, du storytelling à la traçabilité, du porte-parolat à la médiation. L’intelligence artificielle facilite la production d’une parole lisse sans abolir l’exigence d’une parole vraie. Reste la question décisive : comment communiquer lorsque la crédibilité dépend d’abord de ce que l’institution accepte de rendre vérifiable ?

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De vos expériences dans la communication liée aux secteurs stratégiques jusqu’à vos responsabilités actuelles à la Société de Patrimoine, quel changement fondamental avez-vous observé dans la manière dont une institution doit construire sa légitimité ? Sommes-nous passés d’une époque où le statut suffisait largement à fonder l’autorité à une période où cette légitimité doit désormais être continuellement démontrée par les actes, les résultats et la qualité de la relation avec les citoyens ?

CHARLÈNE MEDZA

Le statut seul ne suffit plus à asseoir la légitimité d’une institution. Autrefois, l’autorité s’imposait naturellement par la fonction ; aujourd’hui, elle se conquiert et se démontre. À travers mon parcours au sein de secteurs hautement stratégiques et mes responsabilités actuelles à la Société de Patrimoine, j’ai observé cette transition structurelle majeure : la légitimité ne découle plus simplement du décret ou du titre, elle se valide au quotidien par les actions menées, les résultats obtenus et la qualité de la relation nouée avec les citoyens.

Auparavant, la position d’une institution comme la Société de Patrimoine, son affiliation à l’État ou le prestige de son logo suffisaient à commander le respect. Ce modèle fondé sur l’autorité décrétée est désormais obsolète. Poussés par une exigence accrue de redevabilité, de transparence et d’accès immédiat à l’information, nous sommes passés d’une communication de l’annonce à une communication de la preuve.

Les citoyens ne se contentent plus de promesses : ils veulent comprendre, constater et vérifier. Pour y répondre, la légitimité institutionnelle doit s’appuyer sur des indicateurs tangibles :

  • La rigueur et la qualité des projets d’infrastructure réalisés
  • L’impact réel, visible et mesurable de nos actions sur le terrain au bénéfice direct des populations
  • La capacité de l’institution à écouter, expliquer ses choix et agir en toute transparence

L’autorité institutionnelle n’est donc plus un actif permanent, mais un capital dynamique. Elle ne s’hérite pas, elle se gère et se mérite. Pour préserver ce capital, une organisation moderne doit continuellement valider sa promesse par des actes concrets et entretenir une relation de proximité authentique avec les usagers, désormais placés au cœur de l’action publique. Notre mission communicationnelle stratégique consiste précisément en cela : transformer chaque jour le statut de l’institution en une confiance durable et partagée.

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Votre devise professionnelle est d’aligner la communication sur la gouvernance. Concrètement, lorsque vous êtes face à un déficit de réputation pour une institution, quels sont les indicateurs ou les questions qui vous permettent de diagnostiquer si le problème relève du discours — une perception qui peut être corrigée — ou de la gouvernance — une réalité qui doit être transformée ? Et comment présentez-vous ce diagnostic à une direction qui préférerait souvent une solution de communication rapide ?

CHARLÈNE MEDZA

Ma méthode repose sur un principe fondamental : aligner la communication sur la gouvernance pour la faire évoluer d’un simple outil de diffusion vers une fonction stratégique intégrée à la prise de décision.

Face à un déficit de réputation, mon premier réflexe est de poser un diagnostic rigoureux. Ce processus permet de déterminer si la crise relève d’un problème de perception — le discours — ou d’une défaillance structurelle — la gouvernance.

Pour cela, je m’appuie sur un questionnement simple et des indicateurs :

  • Le diagnostic du discours : Le message est-il déconnecté de l’expérience vécue par les populations ? Si la réalité du terrain est positive mais mal perçue, le problème réside dans le discours. Il peut alors être corrigé par la pédagogie, la clarté et la transparence.
  • Le diagnostic de la gouvernance : L’expérience des citoyens entre-t-elle en contradiction directe avec les engagements de l’institution ? Si les indicateurs de performance (KPI) opérationnels ne sont pas atteints, le décalage trahit la gouvernance.

Pour mesurer ce fossé, je me base sur des données factuelles, notamment les retours du terrain, les plaintes, l’état de sécurité, les retards de projets et le taux de satisfaction global.

Lorsqu’une direction générale réclame un « coup de communication » rapide sous la pression de l’urgence, mon rôle de partenaire stratégique est d’imposer de la retenue. Communiquer dans la précipitation pour faire du bruit est inutile, voire dangereux. Ma responsabilité est de sécuriser et de protéger l’institution.

Vouloir masquer un problème de fond expose l’organisation à un effet boomerang dévastateur qui entache définitivement la confiance et amplifie la critique.

À cela s’ajoute le coût financier : faut-il investir des ressources dans une campagne superficielle sans traiter la cause racine ?

Au final, je privilégie toujours la responsabilité managériale. À l’image d’un diagnostic médical, la démarche logique exige d’identifier la pathologie, de concevoir un plan d’action efficace pour traiter le problème, et enfin de communiquer sur la réalité des solutions apportées. C’est cette approche rationnelle, fondée sur des faits réels et co-construite avec le management, qui bâtit une confiance durable.

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Depuis 2023, le Gabon a placé la restauration des institutions et la confiance au centre d’une nouvelle séquence politique. Pour les organisations liées à l’État, cette période crée une tension particulière : assurer la continuité institutionnelle tout en répondant à une attente de changement profondément renouvelée. Comment la communication peut-elle rendre cette transformation crédible sans chercher à proclamer la rupture avant que les citoyens puissent eux-mêmes en constater les effets ?

CHARLÈNE MEDZA

Cette problématique est au centre des défis actuels que rencontrent les institutions gabonaises : concilier le temps des réformes structurelles avec les attentes immédiates et pressantes de nos concitoyens.

Depuis l’avènement de la transition en 2023, marquée par une ferme volonté de restaurer nos institutions, notre approche doit profondément évoluer. Dans ce contexte de refondation, il est essentiel que la communication ne précède plus l’action concrète. Anticiper les résultats par des effets d’annonce prématurés risquerait de creuser un fossé de crédibilité majeur entre l’administration et la population. Pour garantir la sincérité de cette transformation et rompre définitivement avec les postures superficielles, la communication publique doit s’approprier une culture de la vérité et du fait vérifiable.

Ainsi, la communication institutionnelle s’aligne rigoureusement sur le fonctionnement et la méthode pragmatique du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Ce dernier a initié une série de transformations majeures touchant directement le quotidien des Gabonais : la réhabilitation et la modernisation des infrastructures, des routes, des écoles et des hôpitaux, tout en plaçant la réduction du chômage au cœur des priorités nationales.

Notre rôle de communicant public change de paradigme. Nous ne construisons plus des récits, nous tenons le journal de bord transparent de ces transformations. La confiance ne se décrète plus, elle se reconstruit pas à pas par la preuve des réalisations concrètes.

Pour ancrer cette dynamique dans la durée, notre stratégie repose sur trois piliers managériaux :

  • Inscrire l’action dans une trajectoire claire : Présenter chaque réforme comme un processus dynamique. L’institution doit faire preuve de pédagogie en clarifiant son point de départ, les objectifs visés et les étapes intermédiaires nécessaires pour y parvenir.
  • Valoriser les résultats visibles et mesurables : Rendre tangibles les progrès immédiats, qu’il s’agisse de la simplification d’un service aux usagers, de la livraison d’une infrastructure locale ou de la publication d’un rapport de gestion financière.
  • Pratiquer une communication d’humilité et de redevabilité : Assumer une posture responsable en rendant des comptes périodiques et honnêtes sur les avancées comme sur les défis rencontrés.

L’exemple de la digitalisation de l’administration gabonaise illustre parfaitement cette transition par la preuve, à travers des jalons concrets et déjà opérationnels :

  • L’introduction du Numéro d’Identification Personnelle (NIP), base de la souveraineté numérique et de l’état civil sécurisé
  • Le déploiement du nouveau permis de conduire sécurisé et intégrant un QR Code
  • L’inauguration du premier data center du Gabon, garant de la souveraineté de nos données institutionnelles

Ces initiatives structurantes ne sont plus des promesses théoriques, mais les marqueurs visibles d’une modernisation irréversible de nos services publics.

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Vous avez été distinguée par l’Africa PR Week, ce qui vous place dans un dialogue continental. Pourtant, votre expérience est profondément ancrée dans l’économie rentière d’Afrique centrale. À votre avis, existe-t-il réellement des principes communs de « communication institutionnelle africaine », ou les contextes politiques, économiques et culturels — par exemple entre le Gabon, le Rwanda ou le Ghana — sont-ils si différents que toute généralisation devient un piège intellectuel pour le stratège en communication ?

CHARLÈNE MEDZA

Cette distinction me rappelle une vérité fondamentale : même si nous partageons les mêmes défis à l’échelle continentale, nos contextes demeurent profondément singuliers. S’il existe une unité indiscutable dans les défis structurels à relever, vouloir imposer des méthodes standardisées à des écosystèmes aussi variés que le Gabon, le Rwanda ou le Ghana est un piège intellectuel pour tout stratège. Le métier de communicant public en Afrique oscille constamment entre des référentiels communs et de profondes réalités locales.

Partout sur le continent, la confiance est le socle de l’action publique. Partout, les citoyens exigent des preuves tangibles, une proximité réelle et une transparence sans faille. En revanche, croire en l’existence d’une recette unique ou d’un mode opératoire standardisé serait réducteur. La bonne communication publique ne souffre d’aucun copier-coller. Elle exige du sur-mesure dicté par le quotidien des populations.

Les priorités opérationnelles varient drastiquement d’un pays à l’autre. Par exemple, les problématiques d’adduction en eau potable ou d’accès à l’énergie, qui sont au cœur des préoccupations d’un communicant public au Gabon, ne se posent pas du tout dans les mêmes termes pour un homologue rwandais, où l’accès à ces services de base a fortement progressé. Nos pays n’ont ni la même histoire ni la même maturité infrastructurelle. Ainsi, même si nous partageons une forte culture de l’oralité pour dialoguer avec nos publics, la nature des messages et les leviers d’action diffèrent. C’est en comprenant les subtilités culturelles, les urgences sociales et le tissu politique du pays où l’on opère que la communication institutionnelle trouve sa juste efficacité et sa pleine crédibilité.

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Les institutions gabonaises évoluent aujourd’hui sous plusieurs regards à la fois : celui des citoyens, celui des partenaires économiques, celui des investisseurs et celui des organisations internationales qui portent leurs propres standards de gouvernance et de transparence. Ces publics ne jugent pourtant pas nécessairement une institution selon les mêmes critères. Comment construire une réputation capable d’être crédible internationalement sans produire un discours qui paraisse abstrait ou déconnecté de la réalité vécue localement ?

CHARLÈNE MEDZA

Faut-il choisir entre être crédible localement ou l’être à l’international ? Certainement pas ! Dissocier ces deux dimensions est une erreur stratégique majeure. Pour une institution moderne, la performance opérationnelle et l’éthique managériale s’adressent indistinctement à tous les publics. Qu’il s’agisse de nos concitoyens, de partenaires financiers ou d’organisations internationales, les critères d’évaluation convergent : si un projet respecte scrupuleusement ses cahiers des charges, ses délais de livraison et ses impératifs de transparence, il gagne naturellement la validation de tous.

La crise de réputation surgit uniquement lorsque l’on tente d’« habiller » artificiellement un projet bâclé. La crédibilité ne se décrète pas par une campagne d’images, elle se mérite par la rigueur de l’exécution. Le véritable défi du communicant public réside dans sa capacité à concilier ces exigences de conformité aux deux échelles. Pour bâtir une réputation forte, il faut savoir articuler les standards internationaux et les réalités du terrain en s’appuyant sur le principe de la traçabilité de l’action publique par l’exemple. C’est à ce moment précis que notre fonction prend tout son sens : rendre les réformes compréhensibles et vérifiables par tous.

Concrètement, notre rôle est de traduire les indicateurs abstraits, les audits ou les classements de gouvernance internationale en victoires palpables pour le quotidien des populations. Dans ce processus, l’authenticité devient notre langage universel. Une institution qui documente ses chantiers avec rigueur, qui fixe des calendriers précis et qui assume ouvertement ses défis opérationnels démontre sa maturité managériale aux investisseurs. Simultanément, cette même honnêteté intellectuelle consolide sa confiance auprès des citoyens, qui constatent que l’administration refuse le maquillage rhétorique. Une institution n’est pleinement crédible à l’extérieur que lorsqu’elle est exemplaire chez elle.

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Le communicant institutionnel se trouve dans une position unique : il est employé pour défendre et valoriser l’institution, mais sa plus grande valeur stratégique est peut-être de dire aux dirigeants ce qu’ils ne veulent pas entendre — notamment que leur discours n’est plus crédible. Dans un environnement de pouvoir, comment se construit, dans la durée, la confiance nécessaire pour pouvoir jouer ce rôle de « partenaire critique » interne sans être immédiatement perçu comme déloyal ?

CHARLÈNE MEDZA

C’est ici que se révèle le véritable travail du communicant : le moment de la contradiction. J’ai appris qu’il faut impérativement se positionner comme un véritable « business partner » auprès de sa hiérarchie pour être compris, écouté et accepté.

Ce n’est pas un exercice facile, car chaque situation apporte son lot de complexités. Notre défi majeur est de faire pivoter la communication d’un simple service d’exécution ou de validation vers une fonction de partenaire stratégique. Sécuriser l’institution en garantissant un alignement strict entre le discours et la réalité, c’est cela, la responsabilité de la communication.

Cependant, pour quitter définitivement la posture d’exécutant et devenir un conseiller stratégique, il faut bâtir un lien de confiance profond. C’est un parcours exigeant et de longue haleine. Jouer ce rôle de « partenaire critique » sans être perçu comme déloyal impose de transformer la communication en un actif de sécurité pour la gouvernance.

Pour convaincre sans filtre et désamorcer les rapports de force, le communicant doit s’effacer derrière la donnée factuelle, et non s’appuyer sur son simple ressenti.

À l’instar d’un directeur financier ou d’un comptable qui s’appuie sur des bilans, nous devons étayer notre point de vue par des preuves objectives, des indicateurs terrain et des alertes de sécurité réputationnelle chiffrées. Cette posture nous extrait définitivement du « j’ai entendu dire que » pour nous ancrer dans le factuel : « Cette campagne a coûté tant, voici ses retombées réelles, et elles n’aident pas à tenir nos engagements envers les populations. »

Si être qualifié de « déloyal » signifie avoir le courage de signaler que le navire prend l’eau, alors assumons-le, mais ne lâchons rien. La loyauté ne consiste pas à conforter aveuglément un dirigeant dans ses certitudes ; agir ainsi serait une faute professionnelle. Notre devoir est d’être vrais.

Pour autant, afin de ne pas se positionner en donneur de leçons, le communicant doit s’inscrire dans une démarche de co-construction avec le manager. Poser un diagnostic rigoureux ne suffit pas : il faut immédiatement passer à l’action et proposer des solutions concrètes de redressement.

La confiance d’un dirigeant se gagne lorsqu’il comprend que le franc-parler de son communicant n’est pas un acte de contestation, mais une exigence de sécurité.

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À l’ère de l’intelligence artificielle, on peut désormais produire une communication institutionnelle techniquement parfaite. Mais dans un contexte de méfiance élevée, cette perfection rhétorique et visuelle ne risque-t-elle pas de devenir elle-même suspecte, un signe de « spin » trop maîtrisé ? Si le discours parfait devient douteux, qu’est-ce qui constituera demain la preuve la plus crédible de l’authenticité d’une institution : la donnée vérifiable, la capacité à reconnaître publiquement une erreur, ou une parole humaine moins filtrée ?

CHARLÈNE MEDZA

Je peux vous dire, sans risque de me tromper, que l’intelligence artificielle ne produit pas la perfection ; elle n’est qu’une aide.

Derrière chaque texte, chaque analyse et chaque algorithme, c’est toujours l’humain qui pilote et qui insuffle la direction.

Face au doute, la crédibilité d’une institution ne reposera jamais sur des artifices technologiques, mais sur trois piliers indissociables : la donnée vérifiable, l’erreur assumée et la parole humaine engagée.

Je le répète avec force : l’habillage rhétorique n’a pour seul but que de masquer la vérité, et ce n’est absolument pas le rôle d’un communicant. Notre devoir est d’être vrais et d’exposer les faits tels qu’ils sont. L’inorganisation ou les défaillances de gouvernance des autres ne peuvent pas être justifiées ou camouflées par la communicante que je suis à travers une communication lisse, belle et esthétiquement appréciable. Agir ainsi, ce serait dénaturer ma fonction et trahir ma responsabilité stratégique.

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Si, demain, la communication institutionnelle n’était plus évaluée principalement sur sa capacité à convaincre, mais sur sa capacité à rendre l’action de l’institution compréhensible, vérifiable et donc contestable lorsqu’elle doit l’être, cela transformerait profondément le métier. Le communicant deviendrait-il alors moins un constructeur de récits qu’un médiateur de la confiance entre l’institution et la société ?

CHARLÈNE MEDZA

Oui, la transformation est totale. Demain, une direction de la communication qui réussit ne sera pas celle qui parle le mieux, mais celle qui permet à l’institution d’être la mieux comprise. Notre rôle n’est plus d’embellir la décision publique ; notre mission est de la traduire.

Prenons un exemple brûlant d’actualité au Gabon : les opérations de déguerpissement et de démolition menées dans plusieurs quartiers. Les populations sont impactées, parfois relogées et dédommagées.

C’est précisément là que le communicant institutionnel doit prendre toute sa place. Il ne s’agit pas de faire de la propagande, mais d’expliquer avec pédagogie pourquoi on mène ces opérations dans un quartier précis et pas dans un autre, et de traduire l’objectif final de développement de ces infrastructures.

Nous devons aller vers les personnes touchées par ces mesures pour leur expliquer les fondements et les réalités du projet, avec des mots justes, humains et vrais.

Pour y parvenir, nous devons impérativement opérer trois ruptures majeures :

  • Quitter le storytelling pour la documentation : Délaisser les récits marketing pour s’appuyer sur des données ouvertes, des faits et des cartographies claires.
  • Assumer les dysfonctionnements : Avoir le courage de dire pourquoi les choses se font aujourd’hui et pourquoi elles n’ont pas pu être faites avant. L’honnêteté sur les contraintes du passé renforce la crédibilité des actions du présent.
  • Passer du simple porte-parolat à la médiation : Ne plus être une voix unilatérale qui descend vers le public, mais s’inscrire dans une démarche d’écoute et de dialogue bilatéral.

Le communicant quitte définitivement la posture de simple constructeur de récits pour endosser celle de médiateur de la confiance entre l’institution et la société. Pour une professionnelle de la communication qui refuse d’habiller l’inorganisation ou de masquer la vérité, cette évolution est salutaire. Elle redonne à notre métier sa véritable noblesse et son utilité publique.

Portrait de Charlène Medza

Le parcours

À propos de Charlène Medza

Charlène Medza est responsable de la communication et des relations publiques de la Société de Patrimoine au Gabon. Son parcours relie journalisme, communication institutionnelle et stratégie de réputation. Après ses débuts comme rédactrice web, puis comme journaliste chez Gaboneco et Gabon 24, elle a notamment dirigé la communication du HCECV au sein du Secrétariat général de la Présidence de la République gabonaise.

Titulaire d’une licence en littérature africaine, d’un master en gestion et administration des entreprises et d’un master 2 en relations publiques de l’Université Omar Bongo, elle associe culture éditoriale, compréhension des organisations et communication publique. Membre d’ONU Femmes France depuis 2025, elle a également participé comme volontaire aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.