Claudio Chiappucci, bras levés en maillot à pois, vainqueur de l’étape de Sestrières du Tour de France le 18 juillet 1992

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EL DIABLO

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Chapô

Le 18 juillet 1992, Claudio Chiappucci remporte à Sestrières une étape du Tour de France entrée dans la mémoire du cyclisme. Maillot à pois sur les épaules, « El Diablo » donne ce jour-là une nouvelle dimension à son goût de l’offensive. Deuxième du Tour en 1990 puis en 1992, vainqueur de Milan-San Remo en 1991, l’Italien a marqué une époque dominée par les duels avec Greg LeMond, Miguel Indurain et Gianni Bugno. Pour JLPDécryptage, il revient par écrit sur la peur d’être repris, les paris tactiques et les rivalités qui ont façonné sa carrière. Il raconte aussi son rapport actuel au vélo, les mutations du peloton et l’empreinte qu’il espère laisser au-delà des podiums.

LA CARRIÈRE

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JLPDécryptage

En 1992, vous aviez reconnu l’étape de Sestrières plusieurs mois auparavant, à une époque où ce type de préparation était encore peu courant. Pourtant, vous avez ensuite raconté que l’échappée était née presque par hasard. À quel moment avez-vous compris que cette journée pouvait devenir bien davantage qu’une simple attaque ?

Claudio Chiappucci

J’avais préparé cette étape parce que je voulais la gagner, mais je ne pouvais pas imaginer que j’allais accomplir un exploit qui entrerait dans l’histoire. J’étais très tendu au départ. J’attendais ce jour depuis des mois, l’adrénaline était à son maximum. Je ne voulais pas laisser la course m’échapper. Lorsque j’ai lâché Virenque sur l’Iseran, je me suis retrouvé seul. C’est là que j’ai décidé du sort de cette étape. Puis est venue la peur d’être repris à Sestrières. Le dernier kilomètre a été pour moi une apothéose, au milieu d’une foule immense.

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JLPDécryptage

Face à Miguel Indurain, dont vous connaissiez la supériorité dans les contre-la-montre, vous aviez compris qu’attendre les derniers kilomètres ne suffirait pas. Lorsqu’on affronte un coureur aussi difficile à battre, comment décide-t-on du moment où il faut cesser de calculer et accepter le risque de tout perdre ?

Claudio Chiappucci

Pour défier Indurain, j’ai dû me réinventer comme coureur. J’avais compris que, si je voulais le mettre en difficulté, je devais aussi l’isoler de son équipe. Le choix du moment dépendait des situations de course. Il fallait parfois agir de loin, comme à Sestrières. Le résultat seul ne me suffisait pas : je voulais le classement général.

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JLPDécryptage

En 1990, vous êtes arrivé sur le Tour de France sans être considéré comme l’un des grands favoris, avant de vous retrouver à défendre le maillot jaune face à Greg LeMond jusqu’aux derniers jours. Cette situation vous a-t-elle révélé quelque chose de vous-même que vous n’aviez pas encore découvert dans votre rôle d’équipier ?

Claudio Chiappucci

Oui, je suis allé sur ce Tour pour savoir si je pouvais prétendre à jouer les premiers rôles sur les grands Tours, d’autant que j’avais eu de bonnes sensations sur le Tour d’Italie. J’avais demandé à mon équipe de m’accorder cette possibilité. Le problème, c’est que je ne pensais pas porter le maillot jaune sur ce Tour. Mon équipe et moi n’étions pas préparés.

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JLPDécryptage

Vous avez souvent évoqué votre incompréhension face au rôle joué par Gianni Bugno dans la poursuite derrière vous vers Sestrières. Aujourd’hui, vous avez renoué des relations sans avoir véritablement reparlé de cette journée. Avec le recul, cette histoire dit-elle aussi quelque chose de la rivalité entre les grands champions italiens de votre génération ?

Claudio Chiappucci

Certainement. Ce jour-là, si Gianni avait lutté contre Indurain sans collaborer, beaucoup de choses auraient changé. Mais, naturellement, il était dans une autre équipe et faisait sa propre course. À cette époque, notre rivalité était forte. Ensemble, Indurain n’aurait pas autant gagné.

CLAUDIO CHIAPPUCCI AUJOURD’HUI

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JLPDécryptage

Dans votre livre publié en 2025, vous écrivez qu’aujourd’hui vous ne faites plus de vélo pour rechercher la performance, mais pour vous sentir libre. Après tant d’années où votre vie a été mesurée à l’aune des résultats, qu’est-ce que cette liberté change dans votre rapport au vélo ?

Claudio Chiappucci

Avant, il fallait chercher à obtenir des résultats. C’était mon travail et je voulais donner le meilleur de moi-même. Puis est venu le moment de continuer à vivre ma passion pour le sport autrement, pour le bien-être et pour partager des moments et des expériences avec les nombreux supporters.

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JLPDécryptage

Vous intervenez aujourd’hui auprès de dirigeants d’entreprise sur les questions de leadership et participez également à la formation de jeunes cyclistes. Que vous a réellement enseigné votre carrière sur le leadership qu’on ne peut apprendre ni dans un livre ni dans une école de management ?

Claudio Chiappucci

Pour arriver là où je suis arrivé, il faut se battre, ne jamais abandonner, parce que les choses ne se passent pas toujours bien. Je ne me suis jamais fixé de limites. Tout ce que je fais est porté par une passion intense et par l’envie de progresser. Être un leader, c’est important, mais il faut aussi savoir fédérer un groupe.

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JLPDécryptage

Vous avez récemment expliqué être impressionné par la capacité de Tadej Pogačar à dominer sans montrer beaucoup de signes de souffrance. Au-delà de Pogačar lui-même, les performances actuelles ont-elles changé votre façon d’observer et de comprendre le cyclisme de haut niveau ?

Claudio Chiappucci

Je suis conscient que la technologie a changé le monde du cyclisme, et pas seulement. Je viens d’une époque où je faisais tout : j’étais à la fois athlète, manager et chargé des relations publiques. L’instinct... Tout cela s’est perdu. Aujourd’hui, on brûle les étapes. Les carrières sont plus courtes et plus intenses.

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JLPDécryptage

Vous continuez à pédaler, à participer à des événements, à intervenir dans les médias et à transmettre votre expérience. Après avoir cherché pendant tant d’années à laisser votre empreinte dans les courses, quelle trace Claudio Chiappucci souhaiterait-il laisser aujourd’hui, au-delà des classements ?

Claudio Chiappucci

J’ai toujours beaucoup soigné ma relation avec les supporters. Les gens sont tombés amoureux de mon cyclisme, de ma façon de l’interpréter. Ils attendaient mes accélérations, mes attaques, et je le ressentais pendant la course. Comme je le dis toujours : ce ne sont pas les pas que l’on fait qui comptent, mais les empreintes que l’on laisse. Et mes exploits ont appris qu’il ne faut jamais abandonner, même lorsque cela semble impossible.

À PROPOS DE CLAUDIO CHIAPPUCCI

Né le 28 février 1963 à Uboldo, en Lombardie, Claudio Chiappucci est un ancien coureur cycliste professionnel italien, surnommé « El Diablo ». Son tempérament offensif et ses attaques à longue distance ont fait de lui l’une des figures majeures du cyclisme des années 1990.

Il se révèle au grand public lors du Tour de France 1990 : huit jours en maillot jaune, puis une deuxième place finale derrière Greg LeMond. Il monte encore sur le podium du Tour en 1991 (3e) et en 1992 (2e). Son palmarès sur la Grande Boucle comprend trois victoires d’étape — Val Louron (1991), Sestrières (1992) et Pau (1993) — et deux maillots à pois de meilleur grimpeur (1991, 1992). Sa longue échappée victorieuse vers Sestrières, le 18 juillet 1992, demeure l’image emblématique de son audace.

Au Tour d’Italie, il termine deuxième en 1991 et 1992, puis troisième en 1993. Il remporte aussi le classement par points du Giro en 1991 et celui de la montagne en 1990, 1992 et 1993. Parmi ses succès majeurs figurent Milan-San Remo (1991), le Tour du Pays basque (1991), la Classique de Saint-Sébastien (1993), le Tour de Catalogne (1994) et trois Japan Cup consécutives (1993-1995). En 1994, il décroche l’argent au championnat du monde sur route.

En 2025, il publie avec Federico Vergari « Claudio Chiappucci. I luoghi del Diablo » (DFG Lab), récit de sa vie et des lieux qui ont marqué son parcours. Il continue de partager son expérience du cyclisme, comme il l’explique dans ce Grand Entretien.

Claudio Chiappucci lors d’une rencontre publique