01 / 07JLPDécryptage —
Votre parcours vous a fait passer d’agences privées, notamment WPP Team Gabon, à des fonctions au cœur de l’État, jusqu’au ministère de la Communication, avant de revenir au conseil avec EKO Agence. Avec le recul, quel moment de cette trajectoire a le plus profondément modifié votre définition d’une communication efficace ? Et qu’avez-vous dû désapprendre en passant d’une logique de visibilité à une logique de décision, de confiance et de responsabilité ?
Rodrigue Mboumba Bissawou
Le véritable point de bascule de mon parcours intervient lors de ma prise de fonction en qualité de responsable communication au sein du Bureau de coordination du Plan Stratégique Gabon Émergent (BCPSGE), organe chargé du pilotage et de l’évaluation des principaux projets de développement du pays.
Cette expérience m’a conduit à opèrer trois désapprentissages majeurs. Le premier concerne la notion d’audience. En communication publique, le citoyen n’est pas une cible. Il est un acteur à part entière de l’action publique. Il devient donc indispensable de comprendre les attentes, les préoccupations et les réalités propres à chaque composante de la société afin d’adapter les messages et les dispositifs de dialogue.
Le deuxième enseignement tient à la relation entre la parole et l’action. Contrairement à certains environnements où la communication peut précéder ou accompagner l’offre, dans l’action de l’État, les actes précèdent souvent la parole. Les citoyens accordent avant tout de l’importance à ce qui est réalisé et à l’impact concret des décisions sur leur quotidien. La communication trouve alors sa légitimité dans sa capacité à expliquer, contextualiser et rendre lisible l’action publique.
Enfin, j’ai compris que l’esthétique et la créativité, bien qu’utiles, ne constituent pas la finalité de la communication institutionnelle. Elles s’effacent au profit de la mise en perspective, de la cohérence et de la traçabilité de l’action. Là où une entreprise peut gérer plusieurs produits ou services relativement autonomes, l’action de l’État forme un tout indissociable. Chaque décision, chaque projet et chaque prise de parole s’inscrivent dans une dynamique globale qui doit suivre une trajectoire identifiable et rester compréhensible.
Au cœur de l’action publique j’ai également appris à mesurer l’efficacité de la communication autrement. L’enjeu n’est pas l’exposition permanente, mais plutôt la capacité à accompagner la décision, à répondre avec pertinence aux sollicitations, parfois urgentes, des populations comme des partenaires au développement, et à renforcer la compréhension ainsi que la confiance autour de l’action menée.