Introduction
Un excédent alimentaire peut exister dans un pays tandis qu’un déficit persiste dans un autre, sans que l’un réponde à l’autre. Entre les deux, le problème n’est pas seulement agricole : il faut faire coïncider une offre, un besoin, un financement, une capacité logistique, des exigences de conformité et un règlement. Le commerce alimentaire mondial peut ainsi disposer de ressources, de données et de stratégies, tout en échouant au point décisif : l’exécution.
C’est cet écart que T57 veut combler. Son fondateur et président, Afzal Hussain Mohammed Nakheeb, le résume par une formule : « strategy without execution ». Selon lui, producteurs, gouvernements, banques et logisticiens existent, mais demeurent enfermés dans des systèmes qui communiquent mal. T57 affirme vouloir devenir la couche d’exécution numérique reliant une offre vérifiée à une demande vérifiée, puis coordonnant la transaction jusqu’au mouvement physique des marchandises.
L’entretien oblige toutefois à séparer l’architecture annoncée de ce qui est déjà démontrable. Afzal Hussain Mohammed Nakheeb affirme qu’un pilote est actif dans cinq pays et que 34 expéditions réelles ont transité par l’écosystème. Il distingue ces opérations d’engagements couvrant 67 pays et de plus de 150 protocoles d’accord ou lettres d’intention : « an MoU is not a transaction ». Le lancement commercial est annoncé pour février ou mars 2027. T57 apparaît donc non comme une infrastructure mondiale pleinement déployée, mais comme un système émergent dont les premiers flux doivent encore devenir récurrents, mesurables et reproductibles à grande échelle.
La portée du projet se joue dans cette montée en puissance. Une infrastructure capable de rapprocher les besoins alimentaires de plusieurs États, d’évaluer des contreparties et de contribuer à l’allocation des flux deviendrait potentiellement une infrastructure de pouvoir. T57 défend une architecture nationale ou fédérée permettant, selon son dirigeant, de maintenir les données souveraines dans leur pays d’origine. Mais celui-ci reconnaît aussi que l’intelligence artificielle n’a pas encore démontré à grande échelle une allocation physique autonome et mesurable, et que le dispositif complet d’audit indépendant des algorithmes n’est pas encore déployé.
La contradiction est donc centrale : comment résoudre la fragmentation sans créer un nouveau point de concentration ? Les objectifs annoncés pour 2028 — 11 à 17 marchés actifs, environ 40 000 abonnés actifs et un rythme annualisé de revenus proche de 127 millions de dollars — balisent d’abord une trajectoire économique. Mais ils ne suffiront pas, à eux seuls, à démontrer l’impact de T57 sur le commerce alimentaire lui-même : volumes déplacés, délais réduits, gaspillage évité ou producteurs connectés. Les huit questions cherchent donc à déterminer si T57 construit déjà une véritable couche d’exécution du commerce alimentaire international, ou s’il ne possède encore que l’architecture et les premiers signaux d’un système restant à démontrer à grande échelle.
Question 01
JLPdecryptage
Dans le cadre de votre travail avec l’Organisation islamique pour la sécurité alimentaire (IOFS), institution spécialisée de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui regroupe 57 États membres, vous avez décrit ce que vous appelez une « stratégie sans exécution » — un écart entre l’ambition politique et la mise en œuvre opérationnelle. T57 est née de ce diagnostic. Pourtant, le système alimentaire mondial ne manque ni de plateformes, ni de stratégies, ni de déclarations. Quelle est la défaillance structurelle précise — non pas le symptôme, mais le mécanisme profond — qui vous a convaincu qu’une infrastructure numérique entièrement nouvelle était nécessaire, plutôt qu’une meilleure exécution des dispositifs existants ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Nous produisons suffisamment de nourriture dans le monde. Ce n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’un excédent dans un pays et un déficit dans un autre ne se connectent pas automatiquement. Un producteur qui dispose de céréales et un gouvernement qui en a besoin peuvent se trouver de part et d’autre d’un fossé qui n’a rien à voir avec la production.
J’appelle cela « strategy without execution » parce que j’ai observé le même schéma dans les pays et les institutions avec lesquels je travaillais. Un pays signe une stratégie de sécurité alimentaire, un producteur dispose d’une offre, une banque possède des capitaux, une entreprise logistique a des capacités, et rien ne bouge, parce que chacun reste enfermé dans son propre silo. Un MoU ne déplace pas une tonne de blé. Une annonce sur une place de marché ne finance pas une expédition. Une plateforme logistique ne vérifie pas la solvabilité d’un acheteur. Il faut encore que quelqu’un relie une offre vérifiée à une demande vérifiée, organise le financement, gère la logistique, valide la conformité et règle la transaction. Cette couche de connexion, c’est ce qui manquait.
C’est précisément ce manque que T57 est conçue pour combler. Pas un nouveau document de stratégie, mais l’infrastructure d’exécution sous-jacente à ceux qui existent déjà.
DE L’ARCHITECTURE À L’OPÉRATION
JLPdecryptage
T57 a été prélancée en 2023 lors de la Conférence ministérielle de l’OCI et de l’Assemblée générale de l’IOFS à Doha. Al Mukarramah, le groupe à l’origine de T57, avait auparavant signé un MoU avec l’IOFS couvrant notamment les zones agricoles, les plateformes de distribution, l’agriculture contractuelle, la logistique et l’accès aux marchés. T57 décrit son architecture comme un écosystème nativement conçu autour de l’IA, unifiant commerce, finance, logistique et traçabilité, avec des « signaux de surplus et de déficit en temps réel » et des systèmes alimentaires nationaux fonctionnant comme des « tableaux de bord en direct ». Au regard de cette architecture annoncée, quels composants sont aujourd’hui opérationnels à grande échelle — c’est-à-dire qu’ils traitent des transactions réelles, déplacent des marchandises physiques ou régissent effectivement des flux commerciaux — et lesquels restent au stade de la coopération institutionnelle ou de la preuve de concept ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Je préfère être précis sur ce point plutôt qu’impressionnant.
À l’heure actuelle, un pilote est opérationnel dans cinq pays et 34 expéditions ont effectivement transité par l’écosystème : de vraies transactions, de vraies marchandises déplacées, pas des simulations. Parallèlement, nous entretenons des relations dans 67 pays et disposons de plus de 150 MoU et lettres d’intention liés à l’écosystème T57 au sens large.
Ce sont deux réalités différentes, et je n’aime pas les réduire à un seul chiffre. Un MoU est un accord. Une expédition est une preuve. Le pilote dans cinq pays est important parce que c’est là que nous soumettons l’ensemble de la chaîne à l’épreuve du réel : sourcing, vérification, coordination de la transaction, mouvement physique — dans le monde réel, pas sur une présentation.
La prochaine phase consiste à étendre ce qui a été validé dans ce pilote à davantage de marchés et de corridors. Le lancement commercial est prévu pour février ou mars 2027. T57 est donc aujourd’hui une plateforme en émergence opérationnelle, avec un pilote fonctionnel et des expéditions démontrées, et non un écosystème mondial pleinement opérationnel. Je préfère le dire clairement plutôt que de laisser la description de l’architecture suggérer un niveau d’avancement supérieur à la réalité.
LES PARTENARIATS GOUVERNEMENTAUX
JLPdecryptage
Vos profils publics font état de « plus de 70 partenariats gouvernementaux ». Le terme « partenariat » recouvre un spectre très large — depuis un protocole d’accord signé jusqu’à un système national intégré de passation de marchés. Pouvez-vous nous présenter la typologie de ces soixante-dix relations ? Plus précisément : combien relèvent de MoU ou de lettres d’intention, combien ont progressé vers des projets pilotes assortis d’indicateurs définis, et combien ont atteint le stade où une agence gouvernementale utilise l’infrastructure de T57 pour exécuter une décision de commerce alimentaire ou d’approvisionnement ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Je séparerais cela en deux chiffres plutôt qu’en un seul, parce que les combiner reviendrait à exagérer la réalité.
Nous avons des engagements dans 67 pays : gouvernements, institutions, producteurs, organisations professionnelles et entreprises. Séparément, nous avons plus de 150 MoU et lettres d’intention dans l’ensemble de l’écosystème. Ce ne sont pas les mêmes mesures. Les 67 représentent l’étendue du réseau. Les plus de 150 représentent une coopération formalisée, un intérêt ou une intention commerciale au sein de l’écosystème T57 au sens large, et même à l’intérieur de ce groupe, le niveau de maturité varie fortement. Certaines sont des relations institutionnelles, d’autres des pistes commerciales, certaines évoluent vers des pilotes, et un nombre plus restreint se rapproche d’une activité transactionnelle réelle.
Un MoU n’est pas une transaction. Je l’ai répété en interne plus de fois que je ne peux les compter, et je le répète ici.
Ce qui compte réellement, c’est la conversion : combien de ces relations se transforment en offre vérifiée, en demande vérifiée, en contrats financés et exécutés, puis, à terme, en échanges récurrents. Plutôt que de tout regrouper sous l’expression « plus de 70 partenariats gouvernementaux », je préfère vous donner honnêtement les chiffres de 67 pays et de plus de 150 MoU, puis laisser les données d’exécution démontrer leur valeur avec le temps.
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
JLPdecryptage
Votre plateforme affirme utiliser l’IA et le machine learning pour produire des données en temps réel sur les surplus et les déficits, optimiser la mise en relation commerciale et transformer les systèmes alimentaires nationaux en tableaux de bord opérationnels. Ce sont des affirmations ambitieuses dans un secteur où les petits exploitants de nombreux marchés ciblés travaillent encore largement hors ligne et où la qualité des données demeure le principal obstacle. Où, précisément, l’IA de T57 produit-elle actuellement un résultat mesurable et vérifiable — non pas une prévision ou une recommandation, mais une décision ou une allocation ayant modifié un résultat physique dans la chaîne alimentaire ? Et, sur les marchés où les données de terrain sont rares, quelle méthode utilisez-vous pour combler le déficit de données d’entrée avant d’affirmer la validité du résultat ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Je ne prétendrai pas que l’IA a déjà provoqué, de manière indépendante et à grande échelle, une allocation mesurable de marchandises. Ce serait exagérer notre niveau d’avancement.
Ce que nous construisons est différent d’un outil de prévision classique. Un système conventionnel vous dit : « Le pays X est susceptible de connaître une pénurie de blé. » Ce que nous voulons, c’est que le système puisse finalement dire quelque chose de plus proche de ceci : ce pays a un besoin vérifié portant sur telle quantité et telle spécification ; ces producteurs peuvent vraisemblablement y répondre ; l’offre est vérifiée ; l’itinéraire est viable ; le financement fonctionne ; la conformité est satisfaite : exécuter. C’est l’écart entre l’intelligence alimentaire et l’exécution du commerce alimentaire, et nous travaillons encore à atteindre cette dimension d’exécution.
Concernant le problème des données, vous avez raison : les marchés reposant fortement sur les petits exploitants sont précisément ceux où les données de terrain deviennent rares, et je ne pense pas que la réponse consiste à demander au modèle de combler les blancs. Nous superposons plutôt les vérifications : données déclarées par les producteurs, jeux de données des partenaires et des institutions, registres commerciaux, télédétection lorsqu’elle est utile, et vérification humaine ou institutionnelle lorsque les données primaires ne sont pas suffisantes. La règle que nous suivons est simple. Le système doit savoir lorsqu’il est incertain et demander davantage de vérifications plutôt que de fabriquer de la confiance à partir de données faibles, surtout pour un enjeu aussi important que la sécurité alimentaire.
GÉOPOLITIQUE
JLPdecryptage
T57 est une plateforme basée en Arabie saoudite qui émerge à un moment où le Royaume accorde une importance croissante à la technologie, à la résilience commerciale et à la sécurité alimentaire. Les États du Golfe restent fortement dépendants des importations alimentaires, tandis que le détroit d’Ormuz concentre le risque géopolitique. Une infrastructure numérique unifiée située entre des gouvernements souverains et leurs approvisionnements alimentaires revêt nécessairement une importance stratégique. Comment répondez-vous à la crainte qu’une telle plateforme puisse elle-même devenir une vulnérabilité structurelle pour les pays importateurs — et pourquoi un gouvernement d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud devrait-il confier ses données de sécurité alimentaire à une infrastructure gouvernée depuis le Golfe plutôt qu’à une infrastructure nationale ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Oui. Si nous la construisions mal, T57 pourrait tout à fait devenir elle-même une vulnérabilité stratégique. Toute infrastructure qui devient critique pour la sécurité alimentaire crée un risque de concentration, et je ne veux pas remplacer le système fragmenté actuel par un nouveau point de défaillance unique qui porterait simplement le nom de T57.
Le principe de conception est donc la confiance distribuée, et non la dépendance centralisée. Un gouvernement ne devrait pas avoir à abandonner le contrôle de ses données alimentaires pour pouvoir participer. Les données nationales et l’intelligence souveraine restent sous la juridiction et les autorisations de ceux qui les possèdent. T57 connecte les systèmes. Elle ne les possède pas.
Cela nous amène à la seconde moitié de votre question : pourquoi un gouvernement d’Afrique subsaharienne ou d’Asie du Sud devrait-il faire confiance à une infrastructure située dans le Golfe ? Honnêtement, il ne devrait pas nous faire confiance uniquement en raison de la géographie. La confiance se gagne par la gouvernance, les garanties techniques, les protections contractuelles et le comportement dans la durée, et non par l’endroit où se trouvent les serveurs. Le Golfe nous offre une position utile entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe, ainsi que des liens solides avec le commerce, la logistique et le capital. Mais le lieu ne devrait pas déterminer qui contrôle les données d’un autre pays. Si un gouvernement ne peut pas obtenir de notre part une réponse claire sur l’emplacement de ses données, les personnes qui peuvent y accéder et ce que nous sommes autorisés à en faire, alors nous n’avons pas encore mérité sa confiance.
DONNÉES ET SOUVERAINETÉ
JLPdecryptage
Si T57 réussit à l’échelle que vous envisagez, son infrastructure pourrait traiter ou donner accès à des données sur la production nationale, la dépendance aux importations, les prix, les itinéraires logistiques et les flux de financement dans des dizaines de pays. Votre plateforme utilise l’IA et le machine learning pour l’analyse prédictive, la blockchain pour la traçabilité et un « modèle de club » avec des contrôles KYC/KYB continus. À qui appartiennent ces données ? Qui audite les algorithmes qui évaluent la solvabilité ou prédisent les surplus et les déficits ? Et si un gouvernement décide demain que ses données alimentaires nationales ne doivent pas quitter son territoire, T57 peut-elle fonctionner comme un nœud fédéré, ou le modèle exige-t-il une centralisation pour fonctionner ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
T57 ne devrait pas posséder des données simplement parce qu’elles transitent par notre infrastructure. Les droits restent entre les mains de la partie qui détient les droits juridiques applicables sur ces données, qu’il s’agisse d’un gouvernement, d’une entreprise ou d’un producteur, conformément au droit applicable et au contrat qui régit la relation. Notre rôle porte sur l’infrastructure et la couche d’intelligence qui s’y ajoute, non sur la propriété des données sous-jacentes.
Pour les données souveraines en particulier, l’architecture doit permettre de les conserver dans le pays. Si un gouvernement exige que des informations sensibles restent à l’intérieur de ses frontières, T57 doit pouvoir les traiter au moyen d’une infrastructure nationale ou fédérée, plutôt que de tout forcer à entrer dans un système central. Participer à un réseau commercial mondial ne devrait pas signifier que les données brutes d’un pays doivent le quitter.
Concernant l’audit des algorithmes, je veux être honnête : le principe de gouvernance et le niveau actuel de maturité de sa mise en œuvre ne sont pas encore la même chose. Nous estimons que les décisions relatives à la solvabilité, à l’allocation ou à la priorisation de la sécurité alimentaire doivent pouvoir être auditées et examinées de manière indépendante, et c’est vers cela que nous avançons. Je ne vais pas prétendre que nous disposons déjà d’un régime d’audit par un tiers entièrement déployé, parce que ce n’est pas le cas, et je préfère le dire plutôt que d’exagérer. Mais la ligne que nous ne franchirons pas consiste à laisser l’IA devenir une autorité sans responsabilité sur des décisions dont les gouvernements et les institutions doivent répondre.
LE TEST DE FALSIFIABILITÉ
JLPdecryptage
L’ambition affichée de T57 est de réduire le gaspillage alimentaire en amont de la consommation et d’améliorer la prévisibilité du commerce alimentaire mondial d’ici 2035. Ce sont des objectifs importants, mais ils restent abstraits. Rendons-les falsifiables. Si un auditeur indépendant devait évaluer T57 en août 2028, quels sont les trois indicateurs précis et quantifiables que vous accepteriez comme preuves de réussite ou d’échec ? Je demande des chiffres — tonnes tracées, dollars économisés, délais réduits, agriculteurs intégrés — et non des récits. Et si T57 n’a pas atteint ces seuils à cette date, qu’est-ce que cela nous indiquerait sur le modèle ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Je vais vous donner des chiffres honnêtes sur ce à quoi je peux m’engager aujourd’hui, et je vais également vous dire ce que je ne peux pas encore chiffrer, plutôt que d’inventer une précision que je n’ai pas.
Sur le plan économique, nos objectifs pour 2028 sont de 11 à 17 marchés actifs, environ 40 000 abonnés actifs et un rythme annualisé de revenus d’environ 127 millions de dollars. Ce sont des objectifs, pas des résultats que nous avons déjà atteints, et je veux que cette distinction soit claire. J’accepterais qu’un auditeur nous évalue à l’aune de ces trois chiffres en 2028.
Mais vous avez demandé des tonnes tracées, des dollars économisés, des délais réduits et des agriculteurs intégrés, et je ne vais pas vous donner aujourd’hui des chiffres que je ne pourrais pas défendre. Nous ne les avons pas encore, et je préfère le dire plutôt que de fabriquer un chiffre pour paraître plus convaincant. Ce que je peux vous dire, c’est que ce sont exactement les bonnes questions et les indicateurs qui permettent réellement de prouver si T57 a changé quelque chose. Les marchés, les abonnés et les revenus vous indiquent que l’entreprise est réelle. Les tonnes déplacées, le gaspillage évité, les durées de cycle réduites et les producteurs connectés vous indiquent si la nourriture parvient réellement aux populations plus efficacement ; c’est la mesure la plus difficile et la plus importante.
Ma réponse honnête est donc la suivante : d’ici 2028, je m’attends à ce que les indicateurs économiques soient validés et à pouvoir communiquer des chiffres réels sur les volumes échangés, les producteurs intégrés et la réduction des durées de cycle sur les marchés où nous serons présents. Si nous ne pouvons pas produire ces chiffres d’ici là, avec des sources que vous pouvez vérifier, ce sera un signe légitime que le modèle ne fonctionne pas comme je pense qu’il le fera.
HORIZON 2035
JLPdecryptage
Si T57 accomplit tout ce que vous envisagez, le commerce alimentaire mondial de 2035 ne sera pas seulement plus rapide ou plus transparent : il sera structurellement différent. Décrivez cette structure. Plus précisément : qui aura gagné en pouvoir de négociation, qui en aura perdu, et quelles garanties architecturales empêcheraient « l’écosystème alimentaire natif de l’IA » que vous construisez de reproduire la concentration même qu’il prétend résoudre — en remplaçant l’oligopole des négociants en matières premières ABCD par l’oligopole d’une infrastructure numérique unique ?
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
L’objectif est de déplacer le pouvoir de négociation vers les producteurs et les gouvernements importateurs, au détriment de ceux qui bénéficient actuellement de l’asymétrie d’information entre eux.
Aujourd’hui, un petit exploitant se trouve souvent à plusieurs intermédiaires de l’acheteur. Il ne sait pas où se trouve la demande, quelles spécifications sont recherchées, quel prix le marché paiera ni quels financements existent. De l’autre côté, un gouvernement importateur peut avoir un véritable besoin stratégique sans visibilité sur l’offre mondiale. T57 est conçue pour combler cet écart. Les producteurs obtiennent une visibilité sur le marché et un accès à celui-ci, les gouvernements gagnent en certitude pour leur planification, et les intermédiaires sont rémunérés pour la valeur qu’ils apportent réellement — financement, logistique, gestion des risques, connaissance locale — au lieu de simplement conserver des informations auxquelles les autres n’ont pas accès.
La question la plus difficile est de savoir ce qui empêche T57 de devenir ce même point de blocage sous un autre nom. La réponse doit être structurelle. Des API ouvertes et documentées. Une participation non exclusive. La portabilité des données. Des gouvernements et des entreprises qui connectent leurs propres systèmes au lieu d’être contraints de les remplacer. Une protection contractuelle contre l’enfermement propriétaire. Personne ne devrait avoir à abandonner son infrastructure existante pour utiliser T57.
Nous ne cherchons pas à posséder l’écosystème du commerce alimentaire. Nous cherchons à améliorer son fonctionnement. Ainsi, en 2035, je ne veux pas que T57 soit décrite comme l’entreprise qui contrôle le commerce alimentaire mondial. Je veux qu’elle soit décrite comme l’infrastructure qui a rendu ce commerce plus transparent, plus exécutable et plus résilient.
Le parcours
À propos d’Afzal Hussain Mohammed Nakheeb
Afzal Hussain Mohammed Nakheeb est le fondateur, président et responsable de la stratégie de T57, qu’il dirige depuis mai 2023. Il est également fondateur et président d’Al Mukarramah depuis 2020 et préside AMK Holding – The Royal Private Office depuis janvier 2025. Son parcours professionnel s’est construit à la croisée du commerce, des opérations, de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, principalement entre l’Inde, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.
Après une première expérience au sein de l’entreprise minière familiale Fursan Group, il a exercé différentes responsabilités dans la distribution et le commerce de détail chez Choithrams, Transmed, Jubilant Retail et Saudi Brothers Commercial Co. Il a ensuite occupé plusieurs fonctions de direction à Médine, notamment au sein de Namaa Al Munawara, d’AlMunawara Innovation Labs et de BMPC. Ces expériences l’ont conduit à travailler sur le développement des PME, l’accès au marché, les chaînes de distribution, l’agriculture durable et la valorisation de productions locales. Il a également fondé Ajwati, entreprise spécialisée dans les produits alimentaires issus de la datte Ajwa, et conseillé Azka Farms jusqu’en 2025.
Titulaire d’un Bachelor of Commerce de Bangalore University et d’un MBA en management du commerce de détail, vente et distribution du National Institute of Business Management, il a complété son parcours par plusieurs programmes de formation continue. En 2016, il a suivi des formations consacrées au leadership et à la stratégie dans le retail à Harvard Business School et à Babson College. En 2017, quatre programmes de Stanford University ont porté sur l’exécution stratégique, la conduite du changement, la gestion de portefeuille de projets et le leadership. Il a enfin suivi, en 2018 à Babson College, un programme consacré aux stratégies de croissance exponentielle des entreprises.